22 Juin 1944 :
les troupes allemandes à Liorac.

Voici un épisode que m'a raconté Mme C. Rebeyren-Guesnier. C'était en juin 1944, elle était encore fort jeune et les souvenirs qu'elle a de cette journée sont plus ceux de sa mère que les siens, mais plus tard elle a souvent entendu raconter cette histoire.
Le contexte :
Le débarquement des troupes alliées avait eu lieu le 6 juin sur les plages de Normandie. Les divisions allemandes cantonnées dans le sud de la France remontaient rapidement pour prêter main forte à leur armée confrontée à la formidable poussée des alliés : Américains, Canadiens, Anglais et Français. Ces divisions en se repliant avaient pour consigne de faire le maximum de dégâts, matériels et humains. Et le moins qu'on puisse dire c'est qu'elles ne s'en sont pas privées ! Déjà avant ce repli, le 31 mars 1944, l'agglomération de Rouffignac avait été presque entièrement détruite par la division Brehmer.
Plus près de Liorac, le 21 juin 1944, la 11e Panzer Division de la Wehrmacht a attaqué Pressignac, massacrant des Résitants et le même jour le village de Mouleydier, qui fut entièrement pillé et brûlé. Ma mère, alors en séjour à Liorac chez sa future belle famille m'a raconté que depuis la maison en haut du bourg, on voyait les lueurs de l'incendie de Mouleydier.
Dans ce contexte, l'arrivée d'une colonne de chenillettes armées de canons ou de mitrailleuses a dû passablement impressionner les habitants du bourg de Liorac. Mme Guesnier continue le récit de cette journée. Les soldats allemands se sont arrêtés près de l'église et sur la route tout le long du bourg.
Ils voulaient déjeuner. Marthe CHAVEROU tenait alors un restaurant en bas du bourg. Elle n'avait pas assez d'oeufs pour faire une omelette. Les soldats sont allés en face chez les Rebeyren et ont fouillé le garage à la recherche d'oeufs supplémentaires. Ils n'en ont pas trouvé (ils avaient servi à nourrir le maquis !) et fort heureusement ils n'ont pas non plus trouvé les fusils cachés dans le garage.
Cherchant toujours des maquisards , les soldats ont entraîné le Curé BARATON jusqu'à l'église, lui demandant s'il y avait des maquisards dans les environs et il lui ont fait prêter serment sur la Croix. Le brave homme a bravement affirmé sous serment qu'il n'y avait pas de maquis à Liorac et... on dit que l'autel était rempli de fusils !
Autre anecdote de cette journée, que j'ai moi-même entendue : ma grand mère, Lucie Sauvin, "Madame Coutou", avait de l'argenterie à laquelle elle tenait beaucoup. Sachant ce qui était arrivé à Mouleydier, elle a demandé à son mari, Charles Coutou, d'aller l'enterrer en haut du pré, ce qu'il fit. Mais la terre retournée, désignait clairement l'emplacement. Après réflexion, l'argenterie fut ramenée à la maison.
Une longue file de chenillettes s'étirait sur la route tout le long du bourg, et l'une d'elle s'était arrêtée juste devant le portail. Des soldats sont montés à la maison et ont tout inspecté, en particulier le pré. Charles Coutou était resté prisonnier plus de 3 ans en Allemagne pendant la première guerre mondiale, il parlait donc allemand. Je ne sais pas ce qu'il a pu dire aux soldats pour les convaincre que la terre retournée ne cachait pas de fusils, mais il a réussi et les soldats allemands sont partis sans plus de question.
Si certains lioracois ont des souvenirs de cette journée
qui aurait pu être tragique pour le village, merci de m'en faire part
(mon mail est en bas de page).


@ Marie-France Castang-Coutou
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