À MONTFERRAND-du-PÉRIGORD

A environ 25 km au Sud-Est de Liorac, sur la rive sud de la vallée de la Couze, MONTFERRAND-du-PÉRIGORD.
Un château médiéval, bâti au XIe ou XIIe siècle, domine le village. Sur la pente, les maisons se serrent le long de ruelles étroites.
Une église du XIe, quelques maisons aux façades Renaissance et une très belle halle du XVIe, constituent le village. La halle accueillait les nombreuses foires et selon la tradition, le seul pilier carré était l'emplacement du pilori.

Un peu à l'écart du village, l'église saint-Christophe, l'ancienne église paroissiale de Montferrand avec sa belle tour-clocher.
Vue depuis l'entrée du cimetière, cette église surprend par sa nef minuscule. Mais en s'approchant, on comprend que la nef d'origine, dont on voit encore les traces de l'ancienne toiture sur le mur du clocher, était plus haute et plus grande. L'église romane a été construite à partir du XIe siècle et sa nef a été en partie détruite, sans doute durant la guerre de Cent Ans. La tour-clocher abrite le choeur roman et constitue ainsi le chevet de l'église. Le clocher est une tour élevée qui recouvre tout le chœur. Il est ceinturé à son sommet d'une corniche supportée par des corbeaux qui à chaque angle sont sculptés de visages humains. Cette tour-chevet a été retouchée à l'époque gothique comme en témoigne la forme ogivale de ses ouvertures.

 
Ce monument apparemment modeste recèle pourtant une incroyable richesse de peintures murales médiévales.
Autour du XVIe siècle, les peintures murales furent cachées par un badigeon blanc, qui les a heureusement protégées pendant plusieurs siècles. Elles furent remises à jour il y a quelques décennies lors du piquage des murs pour retrouver les pierres apparentes ! (Heureusement que les ouvriers se sont arrêtés à temps !) L'église est ouverte, entrons admirer ces merveilles du Moyen Âge!


LES PEINTURES MURALES

A l'origine, l'intérieur de l'église devait être entièrement couvert de peintures "éducatives". C'était en effet l'usage au Moyen Âge de remplacer l'écriture par l'image pour instruire la population illettrée. C'est un peu une bande dessinée qui se déroule, montrant les épisodes clés de l'enseignement chrétien, depuis l'entrée de l'église jusqu'au choeur qui représente le lieu le plus sacré .

Le choeur :

Le plafond représente le Christ en majesté entouré des quatre évangélistes représentés sous leur forme symbolique.
 
On distingue le lion de Marc , l'ange de Mathieu, un taureau symbolise saint Luc, comme l'indique le cartouche "VITULLUS LUCAS". Cette peinture, pleine d'expression est superbement conservée . Mais on ne distingue plus l'aigle de Jean. Les "vides" autour des personnages sont comblés par des motifs géométriques et les différentes scènes figuratives sont séparées par des frises (on reconnait par exemple un ruban plissé observé à Allemans du Dropt.) :
 

Le mur oriental du choeur présente deux scènes figurées :


À gauche de la petite ouverture centrale, l'Annonciation : Marie, vêtue d'une robe bleue est agenouillée et l'ange Gabriel, avec ses grandes ailes et une cape jaune, vient lui annoncer sa future maternité. On peut remarquer les phylactères, ces petites banderoles, sur lesquelles se déploient les paroles prononcées par l'ange.

À droite de l'ouverture, Saint Christophe, le patron de l'église. Il est représenté comme un géant portant sur ses épaules un enfant et tenant un bâton bourgeonnant : selon la légende Christophe était passeur à gué et faisait traverser la rivière aux voyageurs. Un jour, un enfant se présenta, Christophe le mit sur ses épaules et au milieu de la rivière, l'enfant devint si lourd que Christophe dût lutter pour finir la traversée. L'enfant lui dit alors : "tu as porté sur les épaules celui qui a créé le monde : car je suis le Christ ton roi, auquel tu as en cela rendu service ; et pour te prouver que je dis la vérité, quand tu seras repassé, enfonce ton bâton en terre vis-à-vis de ta petite maison, et le matin tu verras qu'il a fleuri et porté des fruits."
 

La voûte symbolise le ciel :

le soleil et la lune, y sont représentés avec un visage humain, sur un semis d'étoiles.


 

Les murs de la nef

En entrant dans la nef à droite, une peinture représente une partie de la Cène : on ne voit plus que deux personnages et la peinture devait se prolonger dans la nef d'origine pour représenter Jésus avec ses douze apôtres : la Cène a été tronquée lors de la destruction de la nef ancienne.



 
Sur le mur de gauche, un autre thème "éducatif", à savoir les péchés capitaux et l'enfer ! Un monstre, la gueule démesuremment ouverte avale allégrement des damnés. C'est le Léviathan qui symboise l'entrée des enfers. le début d'une autre composition qui devait représenter les péchés capitaux en route directe vers l'enfer. On distingue sur place (les photos sont difficiles à faire, par manque d'éclairage) le premier élément de ce cortège sous la forme d'une silhouette féminine chevauchant un félin et symbolisant la luxure. Après le réalisme de ces représentations, les fidèles ne pouvaient pas dire qu'ils n'avaient pas été prévenus !


 
Toujours sur le mur de gauche, une composition assez importante qui a été identifiée comme la peinture la plus ancienne de l'église. Au centre un personnage en robe rouge, le visage auréolé d'un nimbe, que l'on identifie facilement grâce à l'insciption "LEONARDUS". Il s'agit de saint Léonard, un ermite, contemporain du roi Clovis. Ayant miraculeusement permis par ses prières, l'heureuse délivrance de la reine Clotilde, Léonard reçut du roi le privilège de pouvoir libérer des prisonniers et c'est ce qui est représenté sur la peinture : à droite la porte de la prison est ouverte et deux prisonniers libérés sont agenouillés aux pieds de Léonard et lui rendent grâce. Deux anges complètent la scène.
À droite de la composition de St Léonard, une croix pattée rouge peinte sur un pilier et inscrite dans un cercle. Est-ce une croix de consécration de l'église ? une croix templière ?
 

Ainsi, cette église Saint-Christophe, à l'extérieur modeste et pourtant classée Monument Historique,
constitue avec ses superbes peintures murales,
l'une des magnifiques surprises que nous réserve le Périgord !

@ Marie-France Castang-Coutou
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