Souvenir d'école en 1953

En 1953, l'école de Liorac accueillait filles et garçons, de six à quatorze ans, dans une classe unique. L'institutrice était ma grand mère, Lucie Sauvin, épouse de Charles Coutou. La charge d'enseignement était lourde : il fallait apprendre à lire et à écrire aux petits, former les moyens aux rudiments de français, de calcul et d'histoire-géographie, et enfin préparer les grands à se présenter au "certificat", ce fameux cerificat d'études qui marquait la fin des études primaires obligatoires et pour beaucoup l'entrée dans la vie active. Les leçons étaient faites en alternance pour chaque section, et pendant ce temps, les sections non concernées faisaient leur travail : les petits s'appliquaient à recopier des lettres et des lignes d'écriture, les moyens faisaient des opérations ou des conjugaisons et les grands s'acharnaient sur un problème "de trains" ou de "robinets" ou faisait une rédaction. Souvent lorsque certains avaient terminé leur travail, ils écoutaient la leçon faite pour les plus grands. La sévérité de l'institutrice assurait la discipline, mais il fallait surtout intéresser les enfants. Ainsi, parfois l'institutrice "racontait" un évènement exceptionnel qui était bien sûr prétexte à réflexion et à leçons.

Et ce fut le cas, en ce mois de février 1953. Dans la nuit du samedi 31 janvier, un très brutal coup de vent balaya tout le nord-ouest de l’Europe : cette tempête d’une rare violence provoqua des vagues monstrueuses en mer du nord, détruisant des digues à l’est de l’Angleterre, en France et en Belgique et surtout sur la côte néerlandaise. Il faut se rappeler qu'une grande partie des Pays-Bas se trouve sous le niveau de la mer : de très grandes surfaces furent envahies par les eaux, la mer ne se retira pas au moment de ce qui aurait dû être la marée basse et il y eut plus de 3000 morts en Grande Bretagne et aux Pays-Bas. Dès le dimanche la nouvelle arriva sur ondes de la TSF et le lundi les quotidiens relatèrent l'évènement et montrèrent les premières images, tragiques, impressionnantes !

Le lundi, l'institutrice raconta l'évènement aux enfants, les cartes furent examinées montrant toute l'étendue de la catastrophe. Naturellement vint la leçon de morale sur la solidarité et la question "Que peut-on faire ?" fut posée.

Certes, personne n'avait les moyens d'apporter une aide significative, mais il fallait "faire quelque chose".
C'est alors que l'institutrice suggéra : il faut écrire une lettre à la reine des Pays-Bas exprimant la solidarité de l'école de Liorac. Seuls les "grands" étaient capables d'écrire ce genre de lettre et pour les motiver un peu plus, l'institutrice leur dit : "appliquez vous, la meilleure lettre sera envoyée à la reine Juliana!"

La lettre de Guy Ollivier fut retenue. Il n'y avait pas à l'époque de photocopieuse et malheureusement, le contenu de cette lettre ne nous est pas parvenu. Mais elle fut envoyée, accompagnée de dons pour les sinistrés, et quelques semaines plus tard la réponse de l'ambassadeur des Pays-Bas arriva à Liorac. Comme l'indique le Journal Officiel, l'ambassadeur à Paris était alors le baron Van Botzelaer et la lettre porte sa signature.


Merci Guy pour ce témoignage.

 

@ Marie-France Castang-Coutou
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