A Cendrieux, le maquis de Durestal
"le maquis des Sangliers"

page mise en ligne le 16 mai 2024      

LE CONTEXTE HISTORIQUE :
Le 10 juillet 1940, à la suite de la défaite contre l'Allemagne, l'Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs constituants à Philippe Pétain. Le lendemain, ce dernier s'autoproclame « chef de l'État français », mettant fin à la Troisième République et instaurant le régime de Vichy. Il annonce le 17 juin à la radio la cessation des hostilités. Après l'armistice, une ligne de démarcation coupe le département de la Dordogne en deux. Alors qu'une étroite bande à l'ouest est en zone occupée, la majeure partie du département se trouve encore en zone dite "libre", sous l'autorité du gouvernement de Vichy. Mais en novembre 1942, le débarquement américain en Afrique du Nord a pour conséquence l'invasion de toute la zone Sud par les troupes allemandes et pour la première fois tous les Périgourdins doivent vivre à l'heure allemande.
Au même moment, l'Armée d'Armistice est dissoute rendant 100 000 militaires à la vie civile. Certains vont reprendre le combat dans le cadre de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA). Déjà en 1940, après la défaite, des officiers s'étaient refusés à livrer toutes les armes à l'occupant, comme l'exigeaient les conventions d'armistice et avaient créé le réseau "Camouflage du matériel" (CDM) constituant des stocks clandestins d'armes et de véhicules.
Ces militaires de carrière vont être essentiels pour encadrer des recrues civiles qui ont rejoint un maquis sans aucune formation militaire. Il s'agit de rassembler et de préparer ces hommes au combat pour la libération du pays.
Mais ces groupes clandestins regroupés dans des lieux discrets et à l'écart des grands axes de circulation deviennent plus facilement repérables avec l'arrivée massive de jeunes réfractaires au Service du Travail Obligatoire en Allemagne (STO) imposé par Vichy en février 1943. Il est en effet difficile de cacher plusieurs centaines d'hommes et surtout de les approvisionner sans se faire remarquer. Certains maquis vont être localisés souvent sur dénonciation et attaqués par les services d'ordre de Vichy (en particulier les Groupes Mobiles de Réserve, les GMR) en accord avec la politique collaborationiste de Pétain.
Maurice Loupias alias Bergeret, le chef de l'Armée Secrète (AS) de Dordogne Sud, note dans ses messages personnels (p66/304) :
Certains maquisards étaient simplement camouflés dans les bois, sans organisation militaire. C’est ainsi que M. Vignal, cordonnier à Paunat, près de Trémolat, ne cessa d’abriter et de ravitailler des réfractaires dans une petite ferme qu’il possédait au milieu des bois. Il les chaussait avec le cuir des animaux qu’il abattait pour les nourrir. En vingt-quatre heures, il sortait une superbe paire de chaussures “maquis” qui m’aida parfois à reconnaître à première vue des résistants.
Cependant, il y eut dans la région un maquis modèle : le maquis des jeunes. En 1943, Polone, un homme d’une trentaine d’années, groupa dans les bois du côté de Sainte-Alvère, environ cent cinquante jeunes gens pour les entraîner à la guerre.
En effet, au printemps 1943, Mojzecz Goldman, alias "Polone" , plus tard "Mireille", est chargé d'organiser des groupes de résistants affiliés à l'AS. Pierre Larrue, instituteur à Ste Alvère lui conseille de monter son camp à Cendrieux dans un massif forestier de plusieurs centaines d'hectares, difficile d'accès, mais muni d'un point d'eau (au lieu dit la Font du But) : ce sera LE MAQUIS DE DURESTAL. Ce maquis rassemblera plusieurs centaines d'hommes simultanément, sans doute le plus grand rassemblement de la Résistance en Dordogne.

Mojzecz GOLDMAN,
dit Polone, puis Mireille, Juif polonais né en 1912 à Varsovie. Il vient faire des études à la faculté de médecine de Reims. Mojzesk devenu Marc s'engage en 1939 dans la légion étrangère pour la durée de la guerre. A Varsovie, plusieurs membres de sa famille vont mourir piégés dans le ghetto. Engagé volontaire dans l'armée française, il est démobilisé en 1940 et rejoint sa famille réfugiée en "zone libre" en Dordogne.

Pierre LARRUE
Né à Paunat en 1884, fils de Pierre LARRUE de Ste Alvère et de Marie GOUZOUX, née à Liorac.
Héros de la première guerre mondiale : 2 citations l'une à l'ordre de l'Armée et l'autre à l'ordre de la Division, Croix de Guerre avec palme et étoile d'argent. Il fut nommé instituteur à Ste Alvère avec son épouse Marie Courtiade, elle aussi institutrice. Passionné de chasse, il connaissait parfaitement la région et c'est lui qui inspirera le nom de "maquis des Sangliers".



Ci dessous une carte permet de localiser Cendrieux, à l'est de Vergt et au nord de Sainte Alvère et de Paunat.

La vue aérienne du Géoportail montre la position isolée du maquis de Durestal avec une forte couverture végétale, des chemins discrets et plusieurs “ points de chute ”, des passages obligés pour pénétrer dans le maquis et autant de possibilités de repli en cas d'attaque. Cet emplacement pouvait être facilement surveillé. C'était donc une position sûre (si on excluait une possible dénonciation : en effet les collaborateurs, bien que moins nombreux que les Résistants, ont largement contribué par des lettres de dénonciation à l'action répressive de l'occupant et des forces de Vichy envers les groupes de Résistants, désignés comme "terroristes".) Au mois de juillet 1943, le maquis des Sangliers s'installe à Durestal. A quelques kilomètres de là, fut implantée une "école des cadres" destinée à donner une formation au maniement des armes, formation toute théorique puisqu'il n'était pas question de s'entraîner au tir (la discrétion était impérative et les munitions manquaient cruellement surtout avec l'armemement très hétéroclite dont les hommes disposaient).

Bergeret décrit l'emplacement de ce maquis dans ses "Messages Personnels":
Au centre d’une forêt de châtaigniers, le groupe travaillait en paix, garanti par un double réseau de sécurité : le premier, composé de guetteurs sans arme postés aux points de chute ; le second, formé de sentinelles armées, alertées le cas échéant par les guetteurs. Ce système était, de plus, complété par des patrouilles qui, de jour et de nuit, circulaient entre les points de chute et même sur les routes avoisinantes. Les maquisards avaient construit, à la manière des bûcherons, des huttes relativement confortables qui servaient de dortoir, de cuisine et même de prison. Le P.C. du chef était installé dans une hutte divisée en deux pièces : une chambre à coucher qui le jour se transformait en salle à manger - salon et un bureau. Ce bureau était surprenant. Un secrétaire y régnait sur des paperasses soigneusement rangées dans des casiers les “ archives ” du maquis ! De fausses cartes d’identité, de fausses cartes d’alimentation, de faux tampons permettaient de créer une nouvelle personnalité parfaitement légale, en moins de cinq minutes. Enfin, orgueil du maquis, un magnifique poste de T.S.F. fonctionnant sur accumulateurs, donnait les nouvelles qui étaient notées et affichées dans le camp. Les munitions, armes, explosifs, toutes choses précieuses étaient logés, astiqués, gardés dans des soutes et des sapes soigneusement aménagées. Tout cela constituait pour les non-initiés un labyrinthe animé par les allées et venues des corvées, des gardes montantes et descendantes, enfin par toute l’activité d’une petite caserne. /.../

Un élément assez pittoresque fut introduit dans le maquis de Polone par huit soldats géorgiens portant l’uniforme allemand et qui avaient déserté le régiment allemand en garnison à Périgueux. Ils étaient venus avec leurs armes et les fusils russes faisaient l’objet de l’admiration et de la convoitise de tous. C’étaient de magnifiques fusils à dix coups, semi automatiques, dont le canon était muni d’un système de refroidissement. Ces Géorgiens étaient disciplinés et courageux. Leur présence fit naître dans l’imagination de Polone un projet qui devait avoir de bien fâcheuses conséquences.
L'ATTAQUE ET LA FIN DU MAQUIS DE DURESTAL,
L'ARRESTATION DE MIREILLE

@ Marie-France Castang-Coutou
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