Qui a fait la guerre de 14 à Liorac ?
En cette période du centenaire de la Première Guerre mondiale, ce terrible conflit qui a touché quasiment toutes les familles de France par la disparition d'êtres chers ou par les traumatismes subis par les survivants, le devoir de mémoire s'impose.
Beaucoup de sites permettent de retrouver des informations (en particulier les sites des Archives Départementales, et celui de Mémoire des Hommes), mais aussi de nombreux sites personnels (voir les liens plus bas).
La France comptait alors un peu plus de 39 millions d'habitants, environ 8 millions furent mobilisés : presque 1.4 million de soldats furent tués et plus de 4 millions blessés. Des chiffres qui font froid dans le dos !
GUERRE DE 14-18 :

Les "poilus" de Liorac
Qui a fait la guerre de 14 à Liorac ?
La fiche matricule.
Les obligations militaires.
Les liens utiles.
Août 1914 : la mobilisation générale.
Le 108e RI de Bergerac.
Des Lioracois du 108e RI.
Les Morts pour la France de Liorac.
Recherche d'un soldat dans la base de données.
Retour à la page d'accueil des soldats.
Lettres de poilus de Liorac
Photos de poilus de Liorac.
Centenaire de l'armistice de 1918: EXPOSITION "les Poilus de Liorac"

Les femmes pendant la guerre
Les femmes reprennent l’exploitation agricole.
En famille ou à l'usine, elles remplacent les hommes.
Les femmes et la correspondance.

Les enfants pendant la guerre
Une culture de guerre destinée aux enfants.
Le rôle de l'école.
Les enfants de Liorac impliqués dans l'effort de guerre.
Enfants de Liorac "adoptés par la Nation".

Sur le monument aux morts de Liorac, 21 noms de soldats "Morts pour la France" : 21 noms, mais évidemment beaucoup plus de Lioracois qui ont participé à la première guerre mondiale. Pour ne pas les oublier et tenter de reconstituer leur histoire, voici les résultats d'une recherche longue et fastidieuse qui a permis d'établir une base de données concernant les "Poilus de Liorac", environ 270, base dans laquelle ont été réinsérés les morts pour la France avec les compléments d'information qui ont été retrouvés. Les liens vers les pages des Archives ou vers celles de Mémoire des Hommes ont été systématiquement insérés et les personnes intéressées auront ainsi directement accès aux fiches de leur ancêtre.

S'il est assez facile de retrouver les soldats "Morts pour la France" sur le site Mémoire des Hommes, il est beaucoup plus difficile de retrouver les Lioracois qui ont participé à ce conflit et qui en ont réchappé ...

Voici comment j'ai procédé pour établir la liste des soldats de Liorac de la guerre de 14 :
Seules les classes entre 1887 et 1919 ont participé au conflit (rappelons que l'année d'une classe correspond à l'année des 20 ans), ce sont donc les garçons nés entre 1867 et 1899 qui ont pu être mobilisés, mais qui "ont pu" seulement car d'une part il y a eu parmi eux des exemptés et des réformés et d'autre part tous les hommes d'une classe n'ont pas été systématiquement mobilisés.

►J'ai donc tout d'abord relevé les actes de naissance des garçons entre 1867 et 1899 sur les registres d'Etat Civil de Liorac : j'en ai trouvé 270 (pardon pour un possible oubli !).
► J'ai ensuite retiré de cette liste 24 garçons morts avant l'âge d'incorporation (notés † sur le graphique), la plupart du temps en bas âge. On peut remarquer au passage que la mortalité infantile restait encore élevée à la fin du XIXe et même au début du XXe siècle !
► puis j'ai cherché les 246 fiches matricules des jeunes lioracois des classes 1887-1919 aux Archives Départementales de la Dordogne avec l'année de la classe et le bureau de recrutement de BERGERAC pour les habitants de Liorac. Cette recherche s'effectue en 2 étapes :
a- on consulte d'abord la table alphabétiques de la classe et on note le n° matricule quand on trouve le nom recherché. Cependant, il arrive que la fiche matricule ne figure pas dans l'année de la classe, il faut d'abord vérifier si elle ne se trouve pas dans les années pécédentes (cas d'un engagé volontaire avant 20 ans) ou suivantes (sursis pour diverses raisons). Si ce n'est pas le cas, il faut chercher aux archives des départements voisins car déjà à cette époque, il existait une mobilité géographique et certains ont quitté la Dordogne pour des raisons de travail, surtout lorsqu'il s'agissait de métayers ou d'ouvriers agricoles : j'en ai ainsi retrouvé plusieurs en Gironde, Corrèze et Charente. (notons que la mention d'un mariage célébré dans un autre département, inscrite dans la marge de l'acte de naissance, est une piste à suivre pour faire des recherches dans un autre département)
b- Ayant trouvé le bureau de recrutement et le n° matricule on cherche la fiche dans le registre qui contient le numéro d'immatriculation recherché : pour chaque classe, il existe plusieurs registres contenant chacun 500 fiches, il suffit alors de parcourir les fiches classées par numéro pour trouver celle que l'on cherche !
►Malgré ces efforts, 18 fiches matricules n'ont pas été trouvées (marquées par un ? sur le graphique), ceci peut avoir deux raisons: soit le garçon est mort avant l'âge du conseil de révision dans une autre commune que Liorac, soit il a changé de département et sa fiche se trouve dans un autre département que la Dordogne, la Gironde, la Corrèze ou la Charente. Le schéma ci-contre résume la situation : 270 naissances, 24 morts avant 20 ans (†), 18 non trouvés en Dordogne et dans les départements voisins (?), 24 sont Morts pour la France (MPLF) (mais seuls 21 sont inscrits sur le Monument aux Morts de Liorac,et les autres dans d'autres communes) et 205 sont revenus, parfois blessés mais vivants !

Quels renseignements contient une fiche matricule ?
ஃ A côté du numéro matricule de l’intéressé figure son état civil : nom, prénom, surnom , date de naissance, le nom de ses parents, son adresse et sa profession au moment du conseil de révision. Ces informations permettent alors de vérifier que c'est bien le soldat né à Liorac car il y a souvent des homonymes.
son signalement, c'est à dire une description physique du conscrit établie suivant des directives précises, mais ce "portrait-robot" est très loin d'une photo d'identité ! On trouve sur la page suivante les instructions détaillées pour établir le signalement d'un conscrit. On peut facilement imaginer la difficulté pour remplir cette rubrique et je me suis souvent demandée en lisant les fiches si on pouvait réellement identifier un jeune homme grâce à ce signalement. "Cheveux châtains, yeux bruns" sont fréquents et seule la taille et parfois des marques particulières pouvaient différencier deux conscrits.
des renseignements sur son degré d'instruction générale (-0 : ne sait ni lire ni écrire - 1 : sait lire, -2 sait lire et écrire, - 3 : sait lire, écrire et compter, - 4 : a le brevet d'enseignement primaire, - 5 : niveaux d'instruction supérieure (rarissime!) A Liorac, on trouve 6 exemples de conscrits complètement illettrés, tous nés à la fin du XIXe siècle (l'école n'était pas encore obligatoire), et un seul conscrit, fils de l'instituteur, possédait le brevet d'enseignement primaire.
ses domiciles successifs,
ஃ ses possibles antécédents judiciaires,
ses affectations : presque toutes les fiches examinées signalent plusieurs changements de régiments au cours du service et/ou pendant la guerre : régiment d'infanterie (RI), d'Artillerie (RA), d'artillerie lourde (RAL),régiment d'infanterie territoriale (RIT), régiments de zouaves, bataillon de chasseurs à pied (BCP),...

Quelles étaient les obligations militaires à l'époque ?
elles ont plusieurs fois changé entre la guerre de 1870 et celle de 1914 au rythme des lois militaires, de 1872, de 1889, de 1905 et de 1913.
Mais quelle que soit la loi militaire en cours, tout commençait dans les communes : le maire devait recenser les jeunes gens qui habitaient la commune, qu'ils soient ou non natifs de celle-ci, et qui auraient 20 ans dans l'année puis fournir cette liste de recensement à l'administration.
Jusqu'en 1905, il y avait ensuite le tirage au sort : Les petits numéros étaient ceux qui faisaient le temps de service complet (5 ans suivant la loi de 1872, 3 selon celle de 1889), les plus gros numéros ne faisaient qu'un service réduit d'un an, c'étaient les "bons numéros". Donc suivant le n° tiré le jeune pouvait faire 1 an de service ou ... 5 ans ! Il y lui restait la possibilité d'acheter un remplaçant par un acte passé devant notaire si sa famille en avait les moyens.

Les jeunes étaient ensuite appelés devant le conseil de révision qui parcourait les cantons et les déclarait
► "bon pour le service " (armé ou auxiliaire), il s'agissait alors du service actif.
► "réformé" à cause d'un problème de santé, l'empêchant de participer au service actif , parfois à cause d'un défaut de taille (la taille minimale était d'1m54 (on peut remarquer sur les fiches que les hommes étaient en général beaucoup plus petits qu'à notre époque et la hauteur des portes à l'intérieur des vieiles maisons le confirme ! ),
► "exempté ou dispensé" (soutien de famille art.22, frère au service ...), ils ne faisaient alors qu'une année de service.
► "ajourné" , en général pour faiblesse physique. Dans ce dernier cas, le jeune homme devait se représenter devant le conseil de révision l'année suivante qui décidait si son état s'était amélioré et s'il était à présent bon pour le service.

A partir de 1905, le conseil de révision subsiste mais le tirage au sort disparait : le temps de service est fixé à 2 ans pour tous. Cette durée passera à 3 ans en 1913.

Mais passé ce temps de service actif, les obligations militaires étaient loin d'être terminées, et se prolongeaient :
dans la réserve de l'armée active entre 4 et 11 ans (selon la loi de recrutement: 4 ans,loi de 1872 et 11 ans,loi de 1913). Pendant cette période, le réserviste pouvait être mobilisé en cas de conflit pour compléter les effectifs des unités d'active.
☼ puis dans l'armée territoriale entre 5 et 9 ans selon la loi de recrutement (5 ans en 1889 et 7 ans en 1913). Formée des classes les plus agées, l'armée territoriale était destinée à des missions en principe moins exposées, de protection et de défense intérieure.
☼ Ensuite, dans la réserve de l'armée territoriale , entre 6 et 9 ans (6 ans suivant les lois de 1872, et 1905, 9 ans selon la loi de 1889 et 7 ans selon celle de 1913). Cette réserve était donc composée des hommes les plus âgés, souvent destinés à des fonctions plus éloignées du front (par exemple le Service des GVC, les gardes de voies de Communications, qui surveillaient en particulier les voies ferrées. On en trouve plusieurs exemples parmi les lioracois mobilisés).
☼ Au bout de toutes ces années, entre 20 ans (loi de 1872) et 28 ans (loi de 1913), il était définitivement dégagé des obligations militaires .
Toutes ces explications peuvent paraître un peu longues mais me semblent nécessaires pour déchiffrer et comprendre les informations des fiches matricules souvent assez confuses et désordonnées.

Pour compléter les informations présentes dans la fiche matricule et aller plus loin dans l'histoire du soldat on peut trouver sur le site de mémoire des hommes, les journaux des régiments qui nous intéressent et l'on peut ainsi apprendre ce qui s'est passé le jour de la mort d'un soldat. Certains journaux sont assez détaillés et comportent parfois des listes de blessés, de morts ou de disparus.

Liens Utiles
Les ressources en ligne sont nombreuses en cette période du centenaire 14/18, en voici quelques uns :
► ce sont tout d'abord les sites des Archives Départementales :
de la Dordogne AD 24,
de la Gironde AD 33,
de la Charente AD 16,
de la Corrèze AD19.
qui permettent de rechercher les noms des jeunes lioracois et leur fiche matricule. Une énorme campagne de numérisation est actuellement poursuivie pour mettre en ligne toutes les fiches matricules qui peuvent correspondre à la période du conflit de 14-18. Mais ce travail considérable n'est pas terminé et les fiches de certaines classes ne sont pas encore disponibles en ligne pour tous les départements.
Le site Mémoire des Hommes du Ministère de la Guerre donne accès :
aux journaux de marche des différents régiments
ainsi qu'aux fiches des Morts pour la France (Sur chaque fiche on trouve les nom et prénom, le grade, le n° matricule, le n° du régiment, la date et le lieu de naissance , la date et le lieu de décès, ainsi que la commune et la date où a été enregistré le décès (souvent enregistré ailleurs qu'à Liorac, dans la dernière commune de résidence du soldat).

► Et puis parmi les sites personnels, deux sites incontournables, extrêmement clairs et bien documentés :
Ce site fournit une multitude d'explications sur le "parcours du combattant de 14-18" décrivant avec précision le conseil de révision, les fiches matricule, les lois militaires ...
Ce site donne les parcours de tous les régiments, la description des batailles et des combats, et très utile, une liste de lieux-dits pour situer les endroits où sont morts nos soldats de Liorac.
SUITE...
@ Marie-France Castang-Coutou
Contact: postmaster*liorac.info (remplacer l'étoile par @)