Liorac en 1925 :
La nouvelle route traverse maintenant le bourg, l'école est construite et le monument aux morts en hommage aux soldats morts pour la France pendant la guerre de 14-18 se dresse maintenant
sur la place de l'école.
Le recensement de 1921 avait comptabilisé 425 habitants à Liorac, presque tous des agriculteurs.
Seuls quelques métiers traditionnels, meunier, boulanger, charpentier, forgeron, sabotier, existaient encore.
La population était très dispersée : une centaine d'habitants au bourg et plus de 300 personnes dans les différents hameaux de la commune.
Les maisons ne recevaient toujours pas l'eau potable, le projet d'adduction d'eau datait d'avant la guerre mais le conflit avait tout annulé.
Ces quatre années de guerre avaient fortement traumatisé la population, laissant des familles en deuil, des veuves et des orphelins.
Mais la population a envie de renouveau
et quoi de mieux que la "fée électricité " pour améliorer le confort et peut être arrêter l'exode rural ?
En effet l'attrait de la ville et des ses commodités entrainait à Liorac, comme partout en France dans les campagnes, une inexorable diminution de la population :
L'électrification d'une commune consite à
conduire le courant électrique d'une usine au centre d'un bourg et si possible jusqu'aux hameaux plus éloignés.
La configuration géographique de Liorac n'était guère favorable à une telle entreprise : vaste commune accidentée, sous-sol rocheux, et population dispersée.
Pourtant la population souhaite de la lumière, comme dans les villes, les lampes à pétrole et les calels fumeux n'éclairent plus assez les logis;
L'éclairage est la fonction première recherchée, mais elle n'est pas la seule : l'électricité fournit également une source de force qui sera surtout utile pour
actionner des moteurs chez les artisans et dans les fermes.
mais d'où provenait le courant ?

La source d'énergie provenait des installations hydrauliques sur la Dordogne : pour Liorac, le barrage et l'usine de Tuilières exploités par la Société Energie Electrique du Sud-Ouest
EESO.
Cette société fut constituée en 1906 pour distribuer dans tout le Sud-Ouest de la France (en particulier dans la région bordelaise) l'énergie électrique produite par l'usine hydroélectrique de Tuilières .
La commune de Liorac avait de la chance puisque la ligne de Tuilères à Périgueux passait en bas du bourg.
Le raccordement électrique va être assez facile pour le bourg :
et les habitants l'ont bien compris
puiqu'ils adressent le 15 septembre 1923, une pétition au Conseil Municipal:
Pétition des habitants du bourg de Liorac en faveur de l'installation de l'électricité par la société EESO.
Considérant que la ligne à haute tension de l'EESO conduisant le courant vers Périgueux passe au fond du bourg et
que de ce fait il paraît étrange de ne pas profiter de ce voisinage.
Le Conseil Municipal et le maire, Jean PROPY, prennent en considération cette demande
et décident qu'ils prendront environ 50 lampes pour l'éclairage des rues et des divers bâtiments communaux.
Ils prient le directeur de l'EESO de leur faire connaître approximativement le montant des frais d'intallation pour la commune et
pour les pétitionnaires ainsi que les moyens pour arriver à une solution rapide.
le 17 février 1924 première réponse de l'EESO évaluant les travaux à environ 20 000F,
mais le montant exact ne sera connu qu'après une étude sur le terrain.
Après plusieurs délibérations du Conseil Municipal pour régler les détails de ce que la commune prendra à sa charge,
et plusieurs courriers avec l'entreprise, le projet définitif est accepté :
la commune prend en charge la ligne haute tension jusqu'au transformateur près du cimetière,
puis la ligne de distribution jusqu'en haut du bourg et le branchement des Bigayres.
Par contre (allez savoir pourquoi?) le branchement de la Roque reste entièrement à la charge du propriétaire.
De plus les frais assez élevés de branchement de la mairie à la Martigne et à Quiassel (4500F)
seront partagés entre la commune (2500F) et les particuliers (2000F).
Le dernier plan établi par l'EESO le 17 novembre 1924 est présenté au Conseil le 23 novembre.
Le montant de la participation de la commune aux frais d'installation est arrêtée à la somme de 20 000F.
2200F pour la ligne de branchement à la haute tension
et 17800F pour le réseau de distribution à basse tension, y compris le transformateur.

Le Conseil ayant donné son accord, il convient d'ouvrir l'enquête d'utilité publique obligatoire :
mais "l'enquête sur le projet d'établissement d'une distribution d'énergie électrique dans la commune de Liorac n'a soulevé aucune observation".
Le projet est donc définitivement accepté.
le financement : la municipalité doit trouver 20 000F
► une souscription auprès des habitants a fourni 5690 F
► la municipalité doit donc emprunter le complément des ressources nécessaires soit 14310 F et demande au préfet d'autoriser
la commune à contracter un emprunt de cette somme amortissable en 30 ans au Crédit Foncier au taux de 7,75 %, ce qui parait un taux relativement élevé.
Le montant de l'annuité sera de 1234,37F.
Le remboursement de l'emprunt s'effectuera à l'aide d'une imposition extraordinaire de 27,4 c pendant 30 ans (donc jusqu'en 1955 !).
Pour cette somme le bourg reçoit ainsi l'électricité, mais les autres hameaux devront attendre et sans doute ouvrir leur porte-monnaie
pour obtenir le branchement au réseau électrique.
RÉFÉRENCES :
Archives Départementales de la Dordogne 12O269
Archives de la mairie de Liorac, délibérations du Conseil Municipal.