Liorac est une commune très étendue comprenant le bourg et des hameaux dispersés.
Comme le montre le graphique suivant, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la population du bourg représentait entre 15 et 30% de la population totale,
soit entre 100 et 170 habitants.

Même si nos ancêtres jetaient beaucoup moins qu'à l'heure actuelle,
ces 100 à 170 habitants produisaient des déchets et on peut se demander comment ils s'en débarassaient dans le bourg ?
Sans doute sans beaucoup de précautions puisque les premières études
pour l'adduction d'eau en 1913-1914 ont montré que
les puits du bourg étaient contaminés par le bacille de la typhoïde !
En mai 1883 , le maire Jean LAPLACE décrit la situation sanitaire du bourg et cela fait froid dans le dos !!!
"considérant qu'il est habituellement formé dans le bourg de Liorac à proximité des habitations, sur les places et chemins publics
des dépôts de fumiers, boues et immondices
qui répandent des exhalaisons infectes ,
qu'il importe de préserver les habitations, les routes, les chemins et places publiques
de l'influence insalubre que peuvent produire de telles exhalaisons",
Il promulgue alors un arrêté :
IL EST INTERDIT de faire aucun dépôt de fumiers, boues et immondices sur les places publiques, routes et chemins.
Les fumiers, boues et immondices devront être déposés au moins à 50 m des places et chemins publics et à 100 m des habitations.
Le NETTOIEMENT des rues, places ou chemins publics sera opéré d'office aux frais des contrevenants.
Les contraventions seront poursuivies devant les tribunaux compétents.
Les habitudes devaient être bien ancrées puisque 20 ans plus tard :
En décembre 1903 , le maire E. PRAT-DUMAS doit rédiger un réglement sanitaire municipal évoquant tous les problèmes d'hygiène du village et présentant des solutions qui aujourd'hui nous apparaissent comme de pur bon sens !
Mais il ne faut pas oublier qu'à cette époque, on ne connaissait encore que peu de choses sur les microbes et l'origine des maladies.
▦ FOSSES à FUMIER
Pour les agglomérations et le bourg, les fumiers seront déposés à une distance convenable de la voie publique et des habitations.
Les dépôts de fumiers dont l'insalubrité sera constatée par la commission sanitaire seront supprimés.
▦ MARES
Les mares et fossés à eaux stagnantes seront éloignées le plus possible des habitations, ils seront curés une fois par an ou comblés s'ils sont nuisible à la santé publique.
Il est défendu d'étaler les vases provenant de ce curage auprès des habitations.
▦ VIDANGES, GADOUES, ...
Les dépôts de vidanges, gadoues, immondices, pailles, feuilles en putréfaction, marcs de raisin sont interdits s'ils sont de nature à compromettre la santé publique.
Il est formellement interdit de déverser les vidanges dans les cours d'eau.
▦ CABINETS ET FOSSES D'AISANCE
ils seront établis à une distance convenable des sources, puits et citernes et de la voie publique.
▦ ANIMAUX MORTS
Il est interdit de jeter des animaux morts dans les mares, rivières, abreuvoirs, gouffres et bétoires (puits
(puits creusé profondément dans de la terre calcaire pour recueillir les eaux usées ou de pluie.)
ou de les enterrer au voisinage des habitations, des puits ou des abreuvoirs.
▦ MALADIES TRANSMISSIBLES
Tout malade atteint d'une maladie transmissible sera isolé autant que possible,
de telle sorte qu'il ne puisse la propager par lui même ou par les personnes appelées à le soigner. Jusqu'à la disparition complète de tout danger de contagion on ne laissra approcher du malade que les personnes qui le soignent.
Celles ci prendront toutes les précautions pour empêcher la propagation du mal.
DÉSINFECTION
Il est interdit de déverser aucune déjection (crachats, matières fécales...) provenant d'un malade atteint d'une maladie transmissible sur le sol des voies publiques ou privées, des cours, des jardins, sur les fumiers et dans les cours d'eau.
Ces déjections recueillies dans des vases spéciaux seront enterrées profondément mais seulement après avoir été désinfectées à la chaux vive.
Pendant toute la durée d'une maladie transmissible, les objets à usage personnel du malade et des personnes qui l'assiatent de même que tous les objets contaminés ou souillés seront désinfectés avant d'être lavés et blanchis.
L'immersion pendant un quart d'heure des linges dans l'eau en ébullition constitue un bon procédé de désinfection.
Les locaux occupés par le malade seront désinfectés apès sa guérison ou son décès.
Lorsque le malade sera guéri, il ne sortira qu'après avoir pris les précautions convenables de propreté et de désinfection.
Les enfants ne pourront être réadmis à l'école qu'après un avis favorable du médecin traitant ou du médecin inspecteur de l'école.
Quelles étaient ces maladies transmissibles ? Il y en avait beaucoup : variole, scarlatine, rougeole, fièvre typhoïde, typhus, choléra, diphtérie, dysenterie et bien sur la tuberculose.
Les vaccinations n'étaient pas encore répandues.
Les causes du décès ne sont habituellement pas inscrites sur les actes d'état civil, mais de façon inattendue,
en 1853 et seulement pour cette année, le maire BENEYS a inscrit sur les registres les causes des décès.
Sur les 17 décès de 1853, on trouve 8 enfants : 1 bébé de 11 jours mort d'une cause inconnue, 2 morts de la coqueluche (1 an et 2 ans), 3 morts de la dysenterie (13 mois, 15 mois et 4 ans), 1 mort par noyade (3 ans), 1 d'une maladie de coeur (10 ans, sans doute d'une malformation)
et 9 adultes : décès dûs à une phtisie pulmonaire (H 40 ans), à une fluxion de poitrine (H 58 ans), à une gatro entérite ( H 38 ans), à une gastrite chronique (F 70 ans), à de l'hydropisie (F 72 ans), des suites de paralysie (H 68 ans), d'une attaque d'apoplexie (H 64 ans), et
les deux derniers décédés d'une maladie courte mais inconnue (H 74 ans) et suite à des longues douleurs et infirmités (H 74 ans).
Malgré les directives précises de ce réglement sanitaire,
le 1er septembre 1949, le maire Charles DAURIAT est obligé de promulguer un nouvel arrêté :
il est formellement défendu de déposer des ordures dans le caniveau en contre bas du chemin de l'église.
Les habitants étaient vraiment incorrigibles !
Et maintenant ? Pendant longtemps, il y a eu un ramassage à domicile des ordures ménagères, mais depuis quelques années,
les choses ont changé et les habitants doivent porter eux mêmes leur sacs poubelle dans des containers, placés en bas du village,
non loin des maisons et de l'église, monument classé. De plus ces dépôts sont limités en quantité et les tarifs très élevés !
De volume insuffisant surtout en période d'été où les vacanciers affluent et on peut observer le spectacle désolant ci-contre (août 2020).
A part l'existence de containers et le changement de type de déchets, les choses n'ont guère changé depuis la fin du XIXe siècle !