À partir de 1815, l'Etat a commandé et acheté à ses frais (et cela a dû nécessiter un budget assez considérable) des copies de chefs-d’œuvre de musées, en particulier du Louvre, pour compenser les destructions d’œuvres religieuses au cours de la Révolution
Ces œuvres ont été d’abord envoyées dans des églises de province, puis ces envois se sont élargis aux mairies et aux préfectures.
Les copistes étaient
◙ des peintres déjà connus ou non : Matisse écrivait d’ailleurs en 1892 : « nous faisions des copies au Louvre, tant pour étudier les maîtres et vivre avec eux que par ce que le Gouvernement achetait des copies ».
◙ mais aussi des femmes : pour elles s'adonner au dessin et à la peinture n'avait rien d'insolite et faisait partie des "ouvrages de dames", comme les nomme JP Maisonnave, enseignés aux jeunes filles de la bourgeoisie.
Le dépôt d’un tableau religieux résultait le plus souvent d’une demande formulée par le maire ou le desservant auprès des autorités,
requête généralement appuyée par le préfet ou un député bien en cour et Jean Alexandre Valleton de Garraube, député de la circonsciption de Lalinde, s'y employa.
Jean Alexandre Valleton de Garraube (1790-1859).
Né en 1790 à Tonneins, fils de Joseph, chevalier et seigneur de Garraube et de Louise Laperche. (voir la généalogie.de cette famille sur ce site
ICI
)
Il suivit d'abord une
carrière militaire : entré au service en 1812, il fit les campagnes de 1812, 1813, et 1814 dans l'armée d'Aragon.
Après les Cent-Jours, il obtint une sous lieutenance dans la Compagnie des Cent-Suisses,
et fut nommé Chevalier de la Légion d'Honneur en 1814, puis Officier en 1823.
Après les évènements de 1830,
il se rallia au gouvernement de Louis-Philippe et commença une carrière politique : avec l'appui du ministère il
fut élu
député du 4ème collège de la Dordogne (Lalinde) en 1831. Il siègea au Centre Droit et vota avec la majorité conservatrice.
Peu après il fut nommé
Colonel au 38e Régiment d'Infanterie de ligne et fut promu Commandeur de la Légion d'Honneur en 1837.
Systématiquement reélu en 1831, 1832, 1834, 1837, 1839, 1840, 1842, 1846 il resta député de Lalinde jusqu'à son retour à la vie privée: il fut admis à la retraite en 1852 avec le grade de général de brigade.
Il mourut en 1859 à Ris-Orangis.
Ainsi, député ministériel, c'est à dire membre du groupe parlementaire formant le gouvernement) de 1831 à 1848, il était bien placé pour solliciter des avantages pour sa circonscription :
Il commença par demander un tableau pour l'église de sa commune (le château de Garraube est situé à Liorac) et
il obtint en 1842 une copie du Christ en Croix de Prud'hon.
LES TEMPS MODERNES à LIORAC
1800-1940 Démographie et mortalité infantile à Liorac.
1811-1911 Les pavés de grès de la forêt de Liorac.
Les carriers de Liorac.
1824 De la fausse monnaie circule à Liorac.
1840-1850 Le député Jean Valleton de Garraube fait attribuer des tableaux aux églises de Liorac et des environs.
1834 le maire mène l'enquête.
1835, les réponses du maire, F. Beneys, à l'enquête de Cyprien Brard donnent une image détaillée de Liorac :
L'agriculture en 1835
L'industrie en 1835
Hygiène et santé publique en 1835
Antiquités et Curiosités en 1835
1848-1849 Troubles à Liorac lors de l'élection du premier président de la République au "suffrage universel".
1846-1936 : Evolution des métiers au bourg de Liorac.
1852, l'agriculture à Liorac (enquête statistique)
1853-1854 : de quoi mourrait-on à Liorac ?
1854-1856 : soldats de Liorac pendant la guerre de Crimée
1836-1863 La formidable aventure de la route n°27
le grand chambardement du bourg
la naissance du haut Liorac
1876-1904 Construction de la maison d'école
1870-1871 : une guerre oubliée. Soldats de Liorac
1888 Une histoire de loup à Liorac.
1883 Les problèmes d'ordures à Liorac ne datent pas d'aujourd'hui !
1894 L'école de filles à Liorac devient école laïque.
1897-1965 Le bureau de poste de Liorac
1902 Le curé Tafforeau au moment des élections.
Vers 1905, c'était encore le temps des loups à Liorac.
1913 Les pilules roses pour personnes pâles.
1913-1969 L'adduction d'eau, un marathon de plus de 45 ans :
Avant l'adduction d'eau, les puits.
1913-1914, une première tentative
D'une guerre à l'autre
1958, l'eau arrive enfin dans le bourg !
1959-1969,10 ans de plus pour alimenter tous les hameaux
1917 Haro sur les nuisibles.
1914-1918 : la guerre
1919-1965 L'autobus de Liorac.
Vers 1920, la laiterie des Bigayres
1922 Le Monument aux morts de Liorac.
1925 L'électrification du bourg.
1939-1945 Deux "Morts pour la France" à Liorac.
1940-1945 Maurice Sarazac, Compagnon de la Libération.
22 juin 1944 : les troupes allemandes traversent Liorac.
1813-1975 : Médaillés de la Légion d'honneur à Liorac
1950-1965 La tournée de Denise.
Dans les années 50, l'épicerie Carbonnel.
Dans les années 50, la boulangerie Chassagne.
Dans les années 50-60, la fête à Liorac.
1961 Le tour de France passe pour la première fois à Liorac.
La copie pour l'église de Liorac fut réalisée par Augustin RÉGIS, peintre né en 1813 dans l'Hérault : l'État lui acheta en 1842 cette copie pour la somme de 800F (environ 4000 euros).
La caisse arriva à Bergerac, mais la commune qui venait juste de faire réparer l'église, déclara ne pas les moyens de faire acheminer cet immense tableau jusqu'à l'église de Liorac et demanda que les frais de transport
soient à la charge de l'Etat. Malgré ce retard, l'aboutissement fut positif et le tableau arriva à l'église où il fut installé derrière le maitre autel où il est toujours (photo ci-contre)..

Ci-dessous, l'oeuvre originale de Prud'hon "Le Christ sur la Croix. La Madeleine et la Vierge sont à ses pieds", commandée pour la cathédrale de Metz, cette oeuvre est conservée au Musée du Louvre, Inv. 7338.

Pierre-Paul PRUD'HON, né à Cluny en 1758, peignit ce grand tableau (278x166cm) de la crucifixion en 1822 et mourut à Paris en 1823.
Ce tableau fut une des oeuvres religieuses les plus copiées au cours du XIXe siècle : en plus de Liorac, on peut en retrouver des exemplaires dans plusieurs églises de France.
Après l'attribution de ce tableau à l'église de Liorac, le maire de Vicq s'adressa à son tour à son député pour obtenir un tableau pour l'église de Vicq.
Monsieur Jean Alexandre Valleton de Garraube fit donc une nouvelle demande auprès du ministère et obtint un tableau pour l'église de Vicq en 1845,
mais il y eut malheureusement une erreur de livraison : le tableau (sans doute une copie de la Vierge à l'enfant de VAN DYCK commandée pour 800F à Mademeoiselle Celina LEFEBVRE (base Arcade)
arriva à Grand Castang et non à Vicq ! Le maire de Grand Castang fort satisfait de ce cadeau inattendu ne voulut pas le rendre à son collègue de Vicq et conserva ce tableau qui ne lui était pas destiné et on ne sait d'ailleurs pas ce qu'il est devenu.
Le maire de Vicq réitéra alors sa demande auprès du député et un nouveau tableau fut attribué à la commune de Vicq il s'agit d'une copie de la descente de croix de RUBENS, achetée 1200F (environ 6000€) à M REYNART :
conservateur du musée des Beaux-Arts de Lille de 1841 à 1879 et peintre à ses heures.

Le tableau original (H 425cm L 295cm) avait été commandé à RUBENS vers 1615 pour le maître-autel de la chapelle du couvent des Capucins de Lille, qui n'existe plus aujourd’hui.
La Descente de Croix, très souvent représentée au XVIIe siècle, a été interprétée dans plusieurs versions par RUBENS (1577-1640), dont celle de la cathédrale d'Anvers.
Une de ces versions originales de Rubens, qui a servi de modèle pour la copie envoyée à Vicq est conservée au Palais des Beaux Arts de Lille (ci-dessous,inv.P 74):

Ce tableau représente le moment où Jésus est descendu de la Croix. Le sujet est traité de façon très réaliste montrant la descente d'un cadavre d'une croix.
Trois hommes maintiennent le corps partiellement enveloppé d'un suaire blanc. La plaie ouverte de Jésus est bien visible au centre du tableau.
L'impression dramatique est rendue par les tons froids du corps du crucifié opposés aux carnations chaudes des autres personnages.
Seul le visage de Marie, près de celui de son fils, adopte les mêmes teintes froides mettant en avant sa douleur.
Plusieurs femmes sont au pied de la croix, dont Marie Madeleine soutenant au mieux le corps de Jésus.
La qualité de la copie, (voir par exemple le drapé de la robe Marie Madeleine) méritait le prix payé par l'État pour ce tableau.
Ainsi, le député a oeuvré pour regarnir au moins les églises de Liorac et de Vicq, mais il est probable qu'il a usé de son influence pour obtenir des tableaux pour d'autres églises de sa circoncription.
SOURCES :
► Dictionnaire des Parlementaires français de 1789 à 1889 (Adolphe Robert et Gaston Cougny), disponible sur la BNF.
► Ouvrages de dames : les copies faites au Louvre au 19e siècle, Carnets du Patrimoine, Jean-Philippe MAISONNAVE.
► Jean SECRET : "Tableaux donnés par l'état aux églises périgourdines au XIXe." Bulletin de la SHAP 1978-3, p185.
► Base Arcade : concue par les Archives Nationales pour recenser les dossiers de commande ou d'achat d'œuvres d'art (peintures, sculptures...) par l'État, leur distribution dans les musées et dans les édifices publics (mairies, églises )
Cette base a été malheureusement fermée fin 2025, mais les données ont été conservées sur le site data.gouv, cependant les images des oeuvres n'y apparaissent plus.
succédané de la base Arcade ICI
► Journées du Patrimoine 2018 et 2025, église de Vicq
► Je tiens à remercier tout particulèrement ici Jean-Philippe MAISONNAVE et Fabienne GROSJAN,
du Service du Patrimoine et Inventaire, Région Nouvelle-Aquitaine, qui m'ont aidée dans ces recherches.
@ Marie-France Castang-Coutou
Contact: mfcc24*liorac.info (remplacer * par @)