À SAVIGNAC DE MIREMONT

Mis en ligne le 23 août 2019         

A une vingtaine de kilomètres à l'Est de Liorac, Savignac de Miremont est un tout petit village, plus petit même que Liorac, à l'écart des grands sites touristiques de la Dordogne. Et pourtant, son église possède, comme certaines autres églises du département un retable baroque, en très bon état avec ses dorures et peintures polychromes.
Rappelons que le retable était placé derrière l'autel ("retro tabula altaris"- en arrière de la table d'autel-). Les retables étaient sculptés dans du noyer, mais n'étaient pas destinés à rester en bois brut, comme l'est actuellement celui de Liorac, mais à être dorés et peints.
Les études d'Olivier GENESTE prouvent que le rétable de Savignac de Miremont provient de l'atelier de Jean CHAMINADE, un maitre-sculpteur sur bois du XVIIe siècle qui habitait Périgueux. C'est un très petit (environ 2 m) retable à ailes dont l'architecture générale et certains détails ne sont pas sans rappeler celui de l'église de Liorac.
 
L'église de Savignac de Miremont une petite église romane avec un clocher défensif au dessus du choeur.
Elle est dédiée à Saint Denis de Paris. Cette dédicace n'est pas courante en Périgord : ce saint fut envoyé en Gaule et devint le premier évêque de Paris. Il subit le martyre et fut décapité vers 258 suite aux persécutions des chrétiens par l'empereur romain Valérien, il est d'ailleurs représenté sur le retable de l'église, tenant sa tête coupée :
 

L'intérieur de l'église est très simple avec peu d'éléments de décoration : un crucifix et une statue de Ste Claire. Un magnifique retable n'est plus mis en évidence derrière l'autel : il a été placé sur un mur latéral et cette position fait que l'on pourrait presque le rater lors de la visite.

le retable
Au XVIIe siècle, les sculpteurs sur bois présentaient des recueils de modèles aux "clients" (les curés titulaires et les donateurs qui finançaient le projet d'embellissement de l'église), qui y choisissaient les figures pour le retable commandé. Les oeuvres des différents ateliers avaient donc des éléments communs et comme ces oeuvres n'étaient pas signées, seuls les contrats passés devant notaire lors de la commande (lorsqu'ils existent encore !) permettent d'en identifier l'origine sans ambiguité.
 

Le tabernacle : la scène de la crucifixion orne la porte du tabernacle. Elle est entourée de colonnes torses couvertes de feuilles de laurier. Sous la porte, un ange joufflu.
De part et d'autre du tabernacle des niches à coquilles abritent deux statues posées sur des consoles : à gauche une religieuse portant un calice, peut être Ste Claire, et à droite une Vierge à l'Enfant .
On peut remarquer la continuité des décors soulignant le haut du gradin.
 
Les ailes du tabernacle :
Elles présentent deux médaillons ovales avec à droite la représentation de l'évêque St Denis décapité (voir plus haut) et à gauche une représentation de Côme et Damien, très proche de celle de Liorac : la position des deux saints est inversée et les décorations des cadres sont très semblables, il suffit d'imaginer le retable de Liorac doré comme il a dû l'être autrefois.
SAVIGNAC DE MIREMONTLIORAC
 
Jusqu'à récemment, on supposait que l'autel et le rétable de Liorac étaient l'oeuvre de l'atelier des TOURNIÉ, célèbres sculpteurs sur bois limousins de la fin du 17ème. Or des études récentes d'Olivier Geneste, montrent qu'ils seraient plutôt l'oeuvre de Jean CHAMINADE sculpteur sur bois en Périgord et la comparaison avec le retable de Savignac de Miremont, clairement identifié comme provenant des ateliers de Jean Chaminade, va dans ce sens.

► Olivier GENESTE, Trésors baroques en Périgord, mobilier et décor des églises de Dordogne (XVIIe-XVIIIe s.)
► Olivier GENESTE, Jean Chaminade sculpteur de rétables et de tabernacles à Périgueux. Bulletin de la SHAP, Tome CXLV, 2018, p 217-226.

@ Marie-France Castang-Coutou
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